02/02/2013

Danse africaine : Afrique Centrale & de l'Ouest


DANSE AFRICAINE : UNE REFLEXION DE 





Pour moi, qui n’ai pas grandi en Afrique, la danse africaine c’était une manière de me rapprocher de mes racines, de me les réapproprier dans le corps


Les parents arrivent en Europe, nous traînant après eux, avec quelques idées très strictes, auxquelles ils s’agrippent. Par exemple, les miens sont arrivés avec une idée de ce que doit être une femme africaine, qu’ils se sont mis à m’inculquer à coups d’obligations et de devoirs.


Et à cela, n’étaient associés ni le plaisir, ni le ressenti, ni l’émotionnel… C’est un manque qui, peu à peu, m’a envahi, habité. L’envie de vivre mon africanité, positivement, concrètement, de ne pas seulement l’intellectualiser...



La danse, une évidence





La danse a toujours été pour moi une évidence. J’ai commencé par la danse classique, puis la danse moderne, la danse-jazz… Ce moyen d’expression m’a toujours convenu. Mais, sans le savoir, je cherchais quelque chose d’autre. Et, vers 16-17 ans, j’ai entendu parler des premiers cours de danse africaine, qui se donnaient à Bruxelles. J’ai cherché longtemps. Et, là, j’ai su que c’était ça. J’ai ressenti dans mon corps quelque chose d’énorme. 


J’ai commencé par les danses d’Afrique de l’Ouest. Un de mes premiers professeurs, a été une danseuse, Jeanne Bagne, qui est pourtant du Congo-Brazzaville et qui faisait, dans ses cours, un mix entre les danses congolaises et celles d’Afrique de l’ouest. Ensuite, j’ai suivi les cours de Ken Ndiaye, qui gère maintenant le restaurant «L’ Horloge du Sud ». Et après, j’ai fait les cours de danse que Mamady Keita organisait avec une danseuse des Ballets Guinéens, Mama Adama Camara, qu’il a fait venir spécialement. 


C’était des cours intensifs, qui avaient lieu tous les mercredis après-midi, pendant 3 heures, une fois par semaine. Ensuite, j’ai eu l’occasion d’aller en Afrique, au Burundi, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, et à chaque fois, je m’arrangeais pour me retrouver avec des troupes de danse traditionnelles qui répétaient, pour danser et apprendre avec elles.

Au bout d’un moment, j’ai décidé de commencer moi-même à enseigner. Avec la danse, l’enseignement est une autre de mes spécificités : ce que j’aime, j’ai toujours réussi à l’enseigner. Même, le basket, quand j’étais plus jeune. 



De plus, quand j’ai eu des enfants, c’est devenu tellement évident. Parce que la danse me reconstruisait au niveau de ma culture africaine, c’était un outil de communication et d’ouverture extraordinaire. Je peux aller vers n’importe quel africain et danser avec lui. Et, instinctivement, on se reconnaît par la danse. 



Rencontres culturelles


J’ai commencé des cours vers 1993, avec des fillettes, qui avaient entre 6 ou 7 ans et qui m’ont suivi des années durant. Il n’y avait pas d’élèves africaines. Ou alors, de manière sporadique. Mais, je crois que ce besoin de mettre leurs enfants en contact avec la culture africaine croît dans la communauté… 



Donc, quand mes élèves ont eu autour de 15 ans, j’ai décidé d’organiser un voyage au Sénégal, pour qu’elles puissent danser là-bas. On a été accueilli par une famille sénégalaise, à Dakar. 


Et cette famille organisait pour mes élèves des sortes de tournoi de danse avec les filles de la rue. Et les filles de la rue, cela veut dire des filles habitant une même rue : on bloquait la rue pour qu’elle serve de terrain à leurs danses, que des percussionnistes (dont d’ailleurs le célèbre percussionniste Doudou Ndiaye Rose, qui a tenu à nous faire cet honneur !) venaient animer. Ce qui est une scène de vie banale à Dakar !






Les filles qui dansaient avec mes filles, avaient le même âge et vivaient aussi en ville comme mes élèves qui étaient bruxelloises. Ce qui fait que le décalage n’était pas trop grand, comme cela l’aurait été avec des filles vivant dans un contexte villageois. 


Bien sûr, les sénégalaises dansaient de manière tellement spontanée et naturelle, alors que pour mes filles, c’était quelque chose d’appris. Se retrouver en « live », dans le pays des danses qu’elles apprenaient, cela a été pour elles une occasion inoubliable.  


Mais, nous avons quand même eu un gros problème que je pourrai décrire comme : « Le choc du toucher ». Mes élèves ont fini par ne plus supporter d’être continuellement touchées, palpées, empoignées ou serrées de près, par leurs compagnes sénégalaises pour qui cette manière de faire était normale. Cela les a tellement bousculées qu’elles appréhendaient de sortir de leurs chambres, le matin. 


Et il a fallu que nous en discutions, que j’explique que c’était juste une manière culturellement différente de se tenir en collectivité. Que si elles se sentaient trop envahies, elles n’avaient qu’à en parler avec leurs amies sénégalaises, au lieu de rester dans le mutisme. 


On a pris un après-midi pour essayer de comprendre ce qui leur faisait si peur. Et ça a été réglé. Elles se touchaient, s’enlaçaient : cela faisait devant moi des montagnes blanc et noir très sympathiques. Et même ensuite, entre belges elles-mêmes, j’ai l’impression que cette habitude prise au Sénégal de se toucher, a contribué à renforcer leur amitié.  



Les danses congolaises


Comme je suis quelqu’un de relativement timide, j’ai tendance à faire de grands détours avant de m’approcher de ce qui me tient vraiment à cœur : et c’était les danses congolaises, que je n’ai fini par apprendre qu’après des années de pratique de danses d’Afrique de l’Ouest. J’y suis venue seulement depuis 2 ans, en intégrant la troupe de … C’est un groupe qui travaille à Bruxelles et qui est dirigé par Bava. 


Au départ, j’étais une des danseuses, mais, finalement, je me suis retrouvée, compte tenu de mon parcours, un peu comme une sorte d’assistante pour Bava. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’idées et il aime en discuter avec moi, pour que nous structurons ensemble le spectacle. 


Nous évoluons surtout dans la communauté congolaise, pour les cérémonies familiales et aussi des fêtes belges. Danser les danses congolaises, cela a été pour moi, après tout ce parcours, une expérience unique. 






Les ngomas résonnent de façon différente des djembés. Je le ressens dans mon ventre : mon grand-père était un grand joueur de ngomas et j’ai l’impression d’avoir réintégré un univers qui m’est propre et qui m’a attendu tout ce temps : c’est donc très fort pour moi…   



Dance africaine du Centre à l'Ouest


S’il fallait comparer les danses d’Afrique de l’Ouest à celles d’Afrique Centrale, je dirai que les danses d’Afrique de l’Ouest me semblent plus accessibles. Les gestes sont grands et les pas décomposables. C’est technique et transmissible. Même à quelqu’un qui n’aurait pas le sens du rythme. 


Tandis qu’avec les danses congolaises, il faut être très centré, par-rapport à ton corps et savoir dissocier tes mouvements beaucoup plus que dans les danses d’Afrique de l’Ouest. Il faut rendre autonome chaque partie de ton corps. Tu es plus proche du sol, ton corps va vers lui, tandis que les danses d’Afrique de l’Ouest sont dans l’aérien : tu sautes et ton énergie va vers le ciel. 


Dans les danses d’Afrique Centrale, l’énergie vient de l’extérieur vers toi. Dans celles d’Afrique de l’Ouest, l’énergie vient de toi et tu la jètes, tu la donnes, tu la diffuses…




Multiple et audacieuse


Avec cette expérience accumulée, j’ose faire se rencontrer des mouvements qui n’avaient pas vocation à se rencontrer dans la tradition, j’ose gérer des énergies différentes. Je peux passer d’un pas d’Afrique Centrale très contenu à un pas d’Afrique de l’Ouest explosif. Je suis multiple et audacieuse dans ma danse, parce que je n’ai pas grandi dans la tradition congolaise. La danse que je crée, bien sûr, me ressemble. 



Corps à Coeur


Si la danse africaine a eu des effets thérapeutiques pour moi, du point de vue de mon identité africaine, j’ai pu observer qu’il en était de même pour mes élèves belges. Pour moi, comme j’ai beaucoup travaillé avec les petits enfants, les gosses, jusqu’à 3-4 ans, bougent de la même manière. C’est après qu’il y a socialement des barrières qui se mettent en place. C’est d’ailleurs très clair chez l’adulte.   


Dans la culture occidentale, le corps a une drôle de place. Il y a beaucoup de liberté vestimentaire : décolletés, mini-jupes, transparence etc… On pourrait croire que les corps occidentaux sont libres. Mais, en fait, pas du tout. 


Même si, en Afrique, la pudeur est de mise, les corps jouissent de plus de liberté. Les gens jouent de leur corps et vivent avec, vivent dedans. Sans complexes. 


Ici, on te fait croire que tu as une liberté corporelle parce que tu peux le mettre en évidence. Mais, dés que tu dois t’exprimer dans ton corps, sans artifice, c’est difficile. En Europe, il y a beaucoup d’artifices. 


Ailleurs, même sans artifice, le corps est là et il t’exprime, toi. Tu le connais bien. Régulièrement, des gens viennent me voir après le cours pour me remercier. Je sens qu’elles sont émues par cette expérience d’être allées, à leur propre rencontre, par le mouvement et par le rythme. Ces rencontres-là peuvent créer des choses émouvantes et inattendues.


La danse africaine a été très à la mode dans les années 80/90. Aujourd’hui, il y a d’autres danses plus en vogue comme le hip-hop, la salsa… Le hip-hop offre cette facilité de pouvoir être dansé partout. Tandis que la danse africaine, c’est plus problématique, si tu ne fréquentes pas nécessairement les milieux africains. 


Mais, on peut s’approprier les danses africaines, comme une technique à part entière. Et moi d’ailleurs, c’est ce que je souhaite. Elle ne doit pas dépendre des modes. Ce doit être une technique, comme la danse-jazz ou la danse classique. Cette technique d’expression culturelle doit mûrir pour devenir une véritable discipline. Le fait qu’elle soit à la mode ou non, n’aura plus d’importance.


Je vous encourage à prendre un instant pour me transmettre vos observations ou tout commentaire sur Danse africaine : Afrique Centrale & de l'Ouest.


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Turenne / Tilarenn - Portrait

Je suis Turenne / Tilarenn. Je te reçois avec grand plaisir dans ce fervent parcours par la danse, chemin du mieux-être universel qu'est le mouvement, en inspirations à vibrer de toute notre énergie vitale et danser ton âme.

Danse, fais vibrer ton énergie vitale et habite chaque instant !


  Auteure : Monique Mbeka Phoba

  À Propos de moi : Turenne °Portrait

VUE: Dans chaque texte, saisissez l'énergie vitale et créative dont nous vibrons par essence, pour votre réjouissance


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